Abstract
<jats:p>Ce livre interroge la transition post-esclavagiste (pós-abolição) au Brésil. Il fait l’hypothèse d’une « seconde abolition » qui se serait jouée dans l’entre-deux-guerres, deux ou trois générations après la loi d’émancipation de 1888. L’enquête repose sur un travail de terrain mené dans deux faubourgs réputés « noirs », formés entre 1920 et 1940 par des migrants brésiliens et étrangers venus des régions de plantation : Madureira, dans la zone nord de Rio, et Casa Verde, au nord de São Paulo. Plutôt que de mobiliser les catégories raciales du recensement ou des enquêtes sociologiques de l’époque qui semblent inefficaces, l’enquête reconstitue des groupes sociaux selon leur condition migratoire, leur rapport à l’esclavage et leur position dans l’espace métropolitain, en croisant presse quotidienne, archives municipales et paroissiales, plans, archives des écoles de samba et entretiens. En référence avec le foisonnement culturel de Harlem à la même période, elle montre que la décennie 1930 ouvre une « fenêtre » démographique, médiatique et politique, où les classes subalternes accèdent à des formes d’autonomie et de participation : écoles de samba, religions afro-brésiliennes, mobilisations syndicales, partis politiques. De même que pour Harlem ou d’autres foyers de la révolution culturelle de l’Atlantique noir, cette démocratisation accélérée reste inachevée et s’accompagne des processus de racialisation qui caractérisent les sociétés post-esclavagistes.</jats:p>