Abstract
<jats:p>« De la bouche même des indigènes ». On retrouve cette expression à l’ouverture d’écrits du xixe siècle, publiant des collectes de données linguistiques ou ethnographiques. Elle fonctionne comme un argument d’autorité, attestant de l’authenticité des faits décrits, et dispense de donner le nom des individus qui ont permis la production de ce savoir, ou quelque information que ce soit les concernant. Partant de cette expression, ce livre propose de mettre au jour la part langagière de l’entreprise coloniale en Afrique de l’Ouest, en redonnant la voix à ceux qui ont été largement invisibilisés dans les archives. Deux langues servent de fil directeur dans cette histoire : le bambara, langue de commerce d’Afrique de l’Ouest, qui a accompagné les explorations puis la conquête militaire ; le français, langue coloniale, qui se diffuse et s’impose, de façon paradoxale, en tâchant de maintenir les Africains colonisés dans une place subalterne.Récits de voyage, carnets de route, manuels de langue, correspondances, romans coloniaux, grammaires, dictionnaires, les sources mobilisées sont multiples et leur lecture attentive permet de retrouver la trace des interactions entre Africains et Européens.Cette seconde édition permet d’y avoir accès et donne à voir la façon dont l’analyse s’est construite.</jats:p>